R’habille-toi gamine ! – Protéger nos filles des agressions sexuelles ?

Aujourd’hui, j’ai été témoin d’une scène d’une violence banalisée, passée inaperçue aux yeux de tous, et pourtant marqué probablement au fer rouge dans l’esprit de ces jeunes filles. J’en ai eu la rage, puis la nausée pour le reste de la journée. Et pourtant, estomaquée et n’en croyant pas mes yeux, je n’ai pas pu réagir, je n’ai pas su aller au-delà de mes émotions pour intervenir. Alors je viens vider mon sac ici, en espérant pouvoir semer une ou deux petites graines de prise de conscience éclairée.

Nous nous promenons en ce dimanche caniculaire, dans une fête de village. 

Sur les marches d’une petite place, sont installées 5 jeunes filles d’environ 9 à 13 ans je dirais. Il y a pas mal de monde qui se promène, dont un couple d’une quarantaine d’année quelques mètres devant nous. Et quand on arrive à hauteur de ces jeunes filles, je vois la femme rebrousser chemin pour aller leur parler. Je ralentis le pas pour être sûre que je ne suis pas en train de rêver : cette femme était discrètement en train de leur faire la morale. Comme quoi ces “jolies jeunes filles” devraient avoir honte d’être habillée de la sorte, qu’elles sont complètement inconscientes, “vous ne vous rendez pas compte comme c’est provoquant ou quoi ?!”, qu’en plus on voyait la culotte d’une d’entre elles dans la position dans laquelle elle était assise…  Elle les a assénées de faire attention à ce qui pourrait leur arriver si elles ne se mettaient pas à être plus prudentes, puis a continué sa promenade rejoignant son mari avec un air hyper fière l’air de se dire “Heureusement, moi je sauve le monde en protégeant les jeunes femmes des prédateurs”

 

CES JEUNES FILLES D’ENVIRON 9 A 13 ANS PORTAIENT DES SHORTS ET DES DEBARDEURS UN JOUR DE CANICULE

Pendant que l’une d’elle cachait son visage dans ses mains, les 2 plus jeunes étaient restés bouches bée cherchant à comprendre les mots qu’elles venaient d’entendre je suppose. Quant à celle accusée de montrer ses sous-vêtements, elle tentait de tirer sur son short dans tous les sens comme pour le transformer en parka, le visage rouge de honte. Est-ce que l’humiliation subie par cette inconnue va la protéger du risque d’agression sexuelle ? J’ai comme un gros gros doute.

 

En 2019, on ne sait toujours pas comment protéger nos enfants de possibles prédateurs sexuels. On ne sait toujours pas comment leur apprendre à se faire respecter, à respecter leur corps ni leur intégrité.

En 2019, on continue donc (avec bonté !) à expliquer aux petites filles qu’elles ne font pas ce qu’elles veulent de leur corps, qu’elle ne l’habille pas comme elles veulent, qu’elles ne le montrent pas comme elles veulent.

leur apprendre à se faire respecter, à respecter leur corps

qu’elles ne font pas ce qu’elles veulent de leur corps

Y’a pas comme une dissonance là ?

Non parce que ce n’est pas encore limpide pour moi je dois l’admettre (Merci mon cher conditionnement de me demander autant de boulot !)

Moi non plus, je ne sais pas ce qu’il faut dire aux jeunes filles pour les protéger des prédateurs sexuels.

Je sais comment ne pas créer des prédateurs sexuels.

Je sais qu’il serait probablement plus simple pour les enfants de comprendre comment on respecte son corps et celui des autres, si on arrêtait d’ériger tout bout de peau de femme comme un objet de fantasme, si on arrêtait d’entendre tant de “Sois belle et tais-toi”, si on cessait de faire des différences basées sur les apparences, dénigrant les uns ou les autres pour mieux régner.

Je crois qu’il serait plus simple pour les enfants de comprendre comment s’aimer si on arrêtait de leur faire croire que sans séduction il ne peut y avoir de relation, que sans pénétration il n’y a pas d’amour.

Je crois qu’il serait plus simple pour nos enfants de savoir se faire respecter, si on cessait d’insister dès le plus jeune âge à ce qu’ils embrassent des inconnus pour leur dire bonjour, à ce qu’ils se laisse câliner quand on a envie de les câliner, et plus encore si on s’interposait à chaque fois que quiconque essayait de poser la main sur eux sous prétexte qu’il les trouve “trop mignons”.

Non mais à quel moment on se permettrait d’aller passer notre main dans les cheveux d’un inconnu parce que ses boucles nous plaisent trop ? A quel moment on se permettrait d’aller dire à une femme de 40 ans qu’elle devrait remballer un peu son décolleté ?

Je ne pense pas qu’apprendre à nos filles à craindre le regard des femmes les aideront à oser appeler à l’aide s’il le faut.

Bien au contraire. Cette pauvre gamine, je me revois à sa place. Soit, je jette mon short et je crains les adultes hommes comme femmes, perdant un peu plus confiance en eux et donc envie de communiquer avec eux. Soit, je continue à mettre mon short mais si au hasard d’un mouvement de foule je me prends une main au Q, je me morfonds en mode “c’est de ta faute pauvre fille on t’avait prévenue !” et je tais cet incident honteux à jamais.

Perdre toute confiance envers les adultes ; c’est exactement ce qui m’a jeté dans des gueules de loups quand j’étais ados. Me juger parce que je m’habillais trop comme-ci ou pas assez comme-ça ; c’est exactement ce qui m’a poussée à en faire des tonnes pour mieux paraître et me retrouver encore plus vulnérable derrière les apparences. Me faire engueuler et humilier par mes parents le jour de mes 13 ans, parce que j’étais assise sur les genoux de mon meilleur ami qui en avait 23 ans, a tué toute mon innocence et m’a fait croire pendant des années qu’on ne pouvait que séduire des personnes du sexe opposé, qu’il était impossible d’envisager tout autre relation, par conséquent que je ne pouvais avoir confiance en aucun homme que je côtoierai.

 

Alors comment agir ?

A l’heure à laquelle j’écris ces mots j’ai un fils, que j’essaie d’accompagner avec toute l’empathie et le respect possible, et que je tente d’éloigner des exemples patriarcaux moyenâgeux pour lui préférer un environnement que j’estime plus sain. Je n’ai pas de fille et je ne sais pas si j’arriverai à faire “tout pareil”, mais je m’efforcerai, de la même façon que je le fais déjà, d’appliquer les mots de Laurence Dudek : “L’Éducation Efficace contre les agressions sexuelles, ça n’est pas de faire peur aux enfants en leur parlant du loup mais en ne les envoyant pas seuls dans la forêt.” D’ailleurs, je vous recommande bien chaudement la lecture de son article entier sur le sujet, pour aller plus loin dans l’analyse de ce qu’on peut faire pour protéger nos jeunes enfants.

Et vous, qu’est-ce que vous auriez ressenti à la place de ces jeunes filles ? Et quels sont vos armes pour protéger vos enfants du risque d’abus sexuels ?

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